Jean-Louis Boisselot (1782-1847) appartient à une dynastie de luthiers
établie à Montpellier depuis 1770 environ. Il se consacre tout d’abord au
commerce des partitions et des instruments de musique, achetant par
exemple des pianos carrés et des harpes à errare à partir de 1809.
Après avoir ouvert une succursale à Marseille en 1820, il s’y établit en
1823, consacrant la partie la plus important de son magasin de musique
à la vente de pianos carrés de Pape, Lemme, Erard, ou encore Pleyel (à
noter l’achat de deux pianos à queue en 1830).
Associé à son fils Louis-Constantin (1809-1850), Jean-Louis établit en
1830-31 à Marseille sa propre fabrique de pianos, qui produit dans un
premier temps des pianos carrés (le premier est vendu en Février 1831),
puis des pianos à queue (1834) et des droits (1836).
La montée en puissance extrêmement rapide de la production (70
ouvriers pour 100 pianos par an dès 1834 selon certaines sources) de l’
usine, créée ex-nihilo loin de la capitale, indique que Boisselot père et
fils avaient soigneusement préparé leur affaire. Quelques indications
nous permettent de mieux comprendre cette éclatante réussite : Louis-
Constantin est envoyé en apprentissage en 1826-27 chez des facteurs
parisiens, puis à Nîmes, et il ira en 1834 étudier la facture anglaise.
Par ailleurs, Jean-Louis Boisselot  embauche dès le départ un
contremaître expérimenté, Fréderic Schultz, (remplacé en 1839 par
Timmermans lorsque Schultz part fonder sa propre manufacture), et des
ouvriers spécialisés anglais et allemands.
L’expansion quasi-continue de la production, qui atteindrait si l’on se fie
aux sources (il faut en fait minorer un peu ces chiffres) 150 pianos (100
ouvriers) vers 1840, puis 400 pianos (150 ouvriers) vers 1848, s’
accompagne de récompenses de plus en plus prestigieuses, avec
comme point d’orgue la médaille d’or de l’Expo de 1844, aussitôt
intégrée à la barre d’adresse.

Le choix de Marseille pour établir une manufacture de pianos s’est avéré
judicieux : Boisselot est devenu dans les années 1840 une des plus
grandes fabriques de piano de France. La position géographique n’offre
semble-t-il que des avantages : coûts de main d’œuvre moindres en
province, bois exotiques à bon marché disponibles sur le port, accès aux
marchés de l’exportation vers l’Espagne, l’Italie, et les colonies.
A sa mort en 1827, Jean-Louis lègue à ses deux fils Louis-Constantin, et
Xavier une entreprise florissante, qui vend ses pianos à une clientèle
prestigieuse, qui est soutenue par Franz Liszt, et qui a ouvert à Marseille
en 1846 une salle de concert Boisselot , à l’instar des rivaux parisiens.
Jean-Louis n’aura pourtant pas l’opportunité de voir le développement
de ce qui fut probablement son dernier projet commun avec Louis-
Constantin : l’ouverture d’une succursale espagnole à Barcelone, en
1847 ou 1848.

Louis-Constantin, désormais seul à la tête de l’entreprise, ne va survivre
que de trois ans à son père : il meurt en 1850, ce qui oblige son frère
Xavier (1811-1893), compositeur grand Prix de Rome, à interrompre sa
carrière parisienne, et à retourner à Marseille diriger la fabrique de
pianos. Il cèdera celle-ci en 1865 à son neveu Franz, fils de Louis-
Constantin, nommé d’après son parrain Liszt. Celui-ci la dirigera la firme
Boisselot (qui devient « Manufacture Marseillaise de pianos » en 1893, à
la mort de Xavier) jusqu’à sa mort en 1908. La première guerre mondiale
met fin définitivement à la production Boisselot.