Evolution générale des modèles :

*Les plus anciens pianos à queue Boisselot connus (n° 502,
702) sont des pianos à queue bicordes, sans agrafes, de petit
format (1.70m), rappelant les « semi-grands » de Broadwood ou
Collard.
Si l’influence anglaise semble probable, il ne faut pas négliger le
fait que Boisselot père a eu entre les mains de nombreux carrés
français à l’époque où il était revendeur. Cela explique la
présence dans les mécaniques de ces premiers Boisselot de
choses directement inspirées des mécaniques de carrés Pape :
mortaises refendues d’un coup de scie avec vis de serrage
permettant de régler le jeu, et échappements réglables en
hauteur.
Ces premiers instruments présentent trois barres métalliques au-
dessus de la table, et une semelle d’accroche en bois plaquée
de laiton.
Le chevalet est continu.

*Un second type d’instrument, représenté par le n° 833 ou le
Boisselot « Hamamatsu », un peu plus grand (1.92m) que le
modèle précédent, adopte l’ébénisterie qui deviendra
caractéristique des piano Boisselot : pieds tulipe et filets de
laiton.
Il y a toujours deux cordes par note, avec trois barres par-
dessus, mais la semelle d’accroche est désormais en métal.
Le chevalet est divisé.

*Un troisième type d’instrument, dont le n°2394 est
caractéristique, présente des barres métalliques sous le cadre,
ce qui évite que les barres n’entament le chevalet, et apporte un
plus esthétique (lorsque la fausse-table est enlevée), mais n’est
pas à mon avis une très bonne idée sur le plan de la solidité
structurelle : si certains ont tenu le coup sans aucun problème,
une proportion non-négligeable de ces instruments présente des
problèmes de bascule du sommier fendant les éclisses.
Ce type de piano, tri corde, à agrafe, mesure 2.10 m environ.
Le modèle d’ébénisterie le plus courant est celui du n° 2394 :
palissandre à filets de laiton.

*Un quatrième type d’instrument (n°2439, 3460) dérive
directement du précédent, la différence essentielle se situant
dans le profil du cylindre, qui n’est plus en simple courbe contre-
courbe (doucine),  mais présente un profil plus angulaire.
Les instruments de la deuxième moitié des années 1840 tendent
de plus en plus à éliminer la marqueterie, et à jouer des effets de
mouluration sur des placages unis.
*A une date plus tardive, Boisselot revient à une formule plus «
moderne », avec barres au-dessus de la table.

*Au-delà de cette évolution « moyenne », il existe évidemment d’
autres modèles, comme les très rares pianos de concert (2.45)
dont le plus ancien que je connaisse est celui de Liszt. Boisselot
a par ailleurs continué à construire des « pianos de poche »
jusque dans les années 1840, avec barres par dessous.

Evolution de détail :

*Les pédales : Les premiers Boisselot présentent une disposition
étrange des pédales, qui sont  inversées :  je ne connais ni les
raisons ni l’origine de cette idée, qui a tendance à perturber les
pianistes….
On revient à quelque chose de plus conventionnel vers 1840.

*Les étouffoirs : le n° 702 présente une barre d’arrêt
chapeautant les étouffoirs, qui n’existe plus dans le n° 833.
Les étouffoirs d’origine adoptent une forme en demi-rond très
élégante au moins jusqu’au 2394.

*Les pupitres : C’est un domaine où Boisselot surclasse
largement tous ses rivaux. Des les premiers modèles se met en
place l’idée du pupitre triple pour chambristes, avec un travail d’
ajourement extraordinaire. Les plus anciens modèles présentent
des formes très variées, mais à partir du n° 833, Boisselot
semble adopter un motif de lyres qui ne présente plus que des
variantes de détail.
Un changement intervient entre les n° 2394 et 2439 : les
panneaux seront désormais ajourés comme une rosace de
cathédrale gothique….

*Les fermoirs : Le n° 702 adopte des fermoirs en forme de
guirlande. On voit apparaître sur le n° 833 un type très employé
par la suite, en fer à cheval, à motifs de coquille et de cuirs
découpés. On verra aussi par la suite, utilisé en alternance avec
ce dernier modèle, des fermoirs en forme de rosace.

*La barre d’adresse : Il s’agit dan un premier temps d’une
étiquette orange en forme d’octogone allongé, puis
rectangulaire. A partir de 1844, Boisselot passe à une plaque
dorée, puis très vite à un beau travail d’incrustation d’étain et de
laiton, revendiquant fièrement la médaille d’or à l’expo de 1844.